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L’itinérance

Réflexions de la conférence l’itinérance et notre impuissance à agir

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Ces réflexions ont été évoquées pendant la conférence de Daniel Paradis, fondateur et responsable de l’organisme Présence Compassion qui travaille au quotidien avec les itinérants.

  • L’itinérant est un humain comme nous. À ce titre nous sommes invités à nous arrêter, à regarder la personne dans les yeux, lui sourire et la saluer de vive voix. Cela ne prend pas beaucoup de temps et apporte une attention particulière. Nous pouvons avoir l’impression que cela ne change pas grand-chose et pourtant, saluer une personne, la regarder c’est la faire exister et les itinérants sont constamment en bataille pour exister au regard du monde. C’est encourager leur dignité et s’élever au-delà de la pitié que d’accomplir ces gestes très simples et rapides.
  • Si on a un peu de temps pour dialoguer, on peut y aller avec des questions simples : bonjour! Ça va! Je m’appelle … Toi comment t’appelles-tu ? Pourquoi tu quêtes ? As-tu bien mangé aujourd’hui ? As-tu bien dormi ? Comment tu réussis à te débrouiller? Ne pas excéder 2-3 questions si c’est un premier contact. De manière générale, évitez d’établir un contact dans un lieu isolé. Faites le toujours à la vue d’autres personnes : n’allez surtout pas dans les ruelles, ni chez lui s’il a un logement.
  • Ne divulguez pas votre nom de famille, votre adresse ni votre numéro de téléphone. Ce qui vous est personnel doit rester confidentiel. N’hébergez personne non plus.
  • Se rappeler de son nom / surnom lui permet de ressentir de la considération. Si vous avez un contact régulier, le simple fait de l’appeler par son prénom est une belle étape. Ainsi il sait qu’il n’est pas ignoré et qu’il existe à nos yeux.
  • Il ne faut pas s’inquiéter sur le fait que les itinérants ont faim. Il y a une multitude de ressources qui leur offre des possibilités de manger. La plupart du temps, ces personnes quêtent pour payer leur conso puisque c’est souvent une priorité. Si jamais on pose la question : Veux-tu qu’on aille prendre quelque chose ? S’il dit oui, vous êtes bon pour aller boire un café et peut-être grignoter quelque chose. S’il dit non et qu’il demande de l’argent, il y a de fortes chances que ce soit pour aller s’acheter de la conso. Evitez d’acheter de la nourriture à l’avance. Il se peut qu’il vous le jette dessus ou le laisse pourrir. Proposez d’aller prendre quelque chose ensemble. Si la personne a une réaction agressive, ne pas le prendre personnellement. Il voulait très certainement de l’argent pour acheter de la conso ou alors il a passé une mauvaise nuit, ou autre… Mais une réaction agressive est avant tout une souffrance qu’il ressent que ce soit du manque ou de l’épuisement. Peut-être que le lendemain il ira mieux. Ne pas s’en tenir nécessairement à la première impression.
  • Lorsqu’une personne quête, ne vous placez pas en face de lui sur le trottoir mais sur le côté afin de ne pas obstruer le passage et d’empêcher les gens de donner de l’argent de par votre présence. Il pourrait s’en suivre une frustration de la part de celui qui quête et une demande plus accrue de lui donner l’argent qu’il a perdu en vous parlant.
  • Si vous vous retrouvez dans une situation où vous craignez que la vie d’un itinérant soit en danger car il est allongé par terre et qu’il ne bouge pas, voici quelques précautions à avoir : Lui demander à une certaine distance comment il va, ne pas hésiter à poser plusieurs fois la question et de façon audible. Si jamais la personne ne réagit pas, tapotez avec votre pied, un des pieds de la personne. Evitez de vous approcher et de bouger les épaules. S’il ne vous a pas entendu, il se peut qu’il ait une réaction agressive, voire une arme blanche et qu’il vous blesse. En créant le contact avec le pied, vous pouvez vous assurer s’il y a un problème ou non. De manière générale, si vous appelez une ambulance pour un itinérant, il n’y a aucune certitude qu’ils l’emmènent sauf en cas d’urgence vitale ou de perte de connaissance. Ainsi si une personne crie dans la rue et ne menace personne, laissez-la faire. C’est sûrement perturbant mais malheureusement l’intoxication et/ou la détresse peuvent être une des raisons de son cri. Voyez cette réaction comme un moyen d’exister et résistez à la tentation de juger ou d’avoir peur. C’est comme ça que les étiquettes se créent.
  • Enfin si vous voulez faire plus, vous former à connaître la rue, à connaître les gens qui y vivent et habitent dans cette maison à ciel ouvert, allez voir les intervenants de rue que ce soit à Présence Compassion ou ailleurs.

Allez cultiver votre amour, votre solidarité, votre entraide. 🙂